Article un peu spécial puisqu'il est écrit à deux. On a beaucoup travaillé sur ce texte pour mélanger deux choses à la base super différentes. J'espère que vous comprendrez le travail que c'est et que vous apprécierez le résultat.
Sans elle * Rien de tout ce que vous avez sous les yeux n'existerais...
Le soleil se couche maintenant. Le jeune homme aura passé l'après midi assis sur ce banc, dans ce parc. A réfléchir. Il n'a pas trouvé la réponse qu'il cherchait, mais il est bien décidé à faire bouger les choses. Il veut plus que tout, éviter de la faire souffrir, et pour ca, il faut qu'il sorte de sa vie. Leur histoire a assez durée. L'un et l'autre méritent mieux que ce semblant d'amour étouffé par la monotonie. Comme le lendemain de la meilleur journée de sa vie. La fin du plus beau voyage jamais entreprit. Oui. Lorsque l'on se réveille du plus profond des rêves. C'est un sentiment étrange, comme si tout ce qui était beau, excitant, tout ce qui faisait battre le coeur plus vite, était derrière. Passé. A jamais perdu. Comme si l'on en avait jamais assez. Mais le bonheur est éphémère, et la passion révolue. A jamais condamnée a n'être que souvenir. Depuis combien de temps n'a t il pas profité de ce sentiment de liberté ? Trop longtemps a son goût. Une pression et elle s'ouvre à lui, mais peut être a-t-il peur de la liberté au final ... Ce paysage éternel, sans limite, aussi attrayant qu'une femme, aussi stupéfiant qu'un shoot et aussi effrayant que la mort. Là où il n'y a que lui pour s'arrêter, peut être aussi la délicatesse d'un corps androgyne ou la beauté éclatante d'un visage. Oui, la peur de laisser aller son âme ambitieuse où bon lui semble. Car aujourd'hui son âme sonne creux, elle réclame l'amour, le pur, le fusionnel.
C'est un concentré de souvenir qui l'agite face au noir de la porte qui l'agresse. Il veut s'en aller, s'enfuir, mais il doit d'abord se libérer. Il sait. Il sait que rien ne va plus, il sent l'ennuie le ronger, le quotidien s'installer. Ce n'est que maintenant, lorsque dans son coeur tout est terminé, qu'il réalise la froide obscurité de cette porte. Il tente de ne pas ressasser le souvenir de leur rencontre. Il ne veut pas de ça. La passion infusée, il n'y plus la marque de son passage. Les relents d'émotions l'agressent.
Dans un élan de courage, son doigts, oubliant son intention, presse la sonnette. Le cri de la liberté s'évade jusqu'à ses oreilles avec agression. Des bruits de pas. Il reconnaît sa démarche gracieuse et fluide. Et effectivement, le coin d'une robe virevolte par la fenêtre de l'étage. Le coeur du jeune homme s'embale déjà. La porte s'ouvre sur sa belle. Livré définitivement à lui-même. C'est sans doute la dernière fois qu'elle lui ouvrira la porte avec un tel sourire.
Lorsqu'elle pose machinalement ses lèvres sur les siennes, il goûte une ultime fois à l'amertume. La saveur de l'amour lui manque.
-Bill
Murmure t elle avec ce sourire au coin des lèvres. Il le lui rend, crispé, comme le sont les membres engourdis de son corps. Car l'amour est consumé. Bill s'est résigné à le chercher, puisque l'amertume des baiser de Léa prouve combien son coeur, autrefois gonflé par l'amour, est aujourd'hui creusé en un abîme indestructible. La passion est déchue, la sensation s'envole et la routine le dévore. Il sait que tout cela doit finir, maintenant. Il suppose qu'elle le sait, sa belle.
Il y a bien des choses qu'il ne supporte plus en elle, mais il ne peut nier une chose: c'est qu'elle est belle. Belle de cette beauté qui eclipse le charme. Ce sont deux choses bien distinctes, la beauté et le charme. Le charme est irresistible, mais avec l'habitude, il se fâne. Il est désir, mais il s'éffrite. La beautée est immortelle. Une vielle personne même en garde les traits. Et elle est unique. Les détenteurs en sont le plus souvent inconscients, car elle apporte jalousie et intimidation. Léa, elle, sait qu'elle est belle, d'une certaine facon. Et sa beauté sans charme l'émeut toujours un peu, mais lorsqu'elle pose son regard sur lui, il ne peut pas penser qu'elle l'aime encore. Son regard est terne et profondément vide, ou bien il ne voit pas, aveuglé par l'envie enivrante de liberté. Cette fièvre à la fois tendre et aux effets ardents le gagne chaque jours un peu plus.
Mais la beautée de Léa n'a rien a voir avec l'amour qu'il a pour elle. Cet amour qui s'est fané, lui aussi. "Elle est trop bien pour lui", pense t il avec regret. Alors il lui lance un ultime regard. Il sait pertinement que, dans son regard, tout est exprimé et que les mots qu'il s'apprête à prononcer sont superflus. Pourtant, il est vital pour lui que ces mots soient dits.
La longue robe grise pâle a cessé de bouger. La porte derrière lui s'est refermée. Il fixe obstinément le sol, car il ne supporte plus le regard de la jeune fille. Elle a compris. En une seconde, tout le bonheur de la belle s'écroule. Remplacé par une peine infinie. Et c'est douloureux. Alors il fixe le sol. Elle se retourne, fait quelques pas. Sa mince silhouette transparaît à travers le léger tissus. Les yeux du jeune homme remontent sur ce petit ventre aux formes si complexes. Ce ventre qu'il a si souvent écouté. Ce ventre qu'il s'est si souvent imaginé gonflé par un enfant qui aurait été le sien. Parce que oui, il s'est imaginé père, avec Léa.
Alors il remonte un peu les yeux encore, prêt a affronter ce regard. La robe part en millions de petits plis sous la délicate poitrine de la jeune fille. Mais à cet instant, son corps tremble. Tout son monde tremble. Car c'en est la fin.
Et enfin ses yeux. Ces deux yeux bleu qui n'en peuvent plus de le fixer. Lui. Elle sait exprimer beaucoup de choses par son regard, elle aussi. Et ce qu'il y voit à l'instant précis est terrible. Ses yeux baignent dans cette humeur de disgrâce, loi du chagrin et de la douleur. Et la souffrance les rends si tristes. Ces deux yeux bleu. Les souvenirs remontent. C'est innexorable. Il a passé tellement d'heures, de journées à simplement les observer. Se plonger dedans. Il y a vécu, dans ces yeux bleu. S'est nourri et abreuvé de leur douceur. De leur amour. Mais tout cela est fini. Définitivement. Alors il se détourne de ces yeux qu'il ne peux plus fixer. Il les a changé, de toute facon.
Prit de court par le silence, il tente d'articuler quelque chose. Peu importe quoi, mais quelque chose. Ses lèvres s'entrouvrent alors que la jeune fille s'écarte de lui les yeux écarquillés par ce qu'elle vient de réaliser. L'ampleur de ce qui s'effondre l'effraie. Il prend ostensiblement une inspiration sans vraiment anticiper ce qu'il dira quand une voix qu'il ne reconnaît pas l'interromps.
-Tais toi.
Il se retourne vers celle qu'il pense ne plus aimer, surpris. Il ne l'a jamais entendu aussi froide et lointaine.
Il voudrait que ce soit déjà fini, car à cet instant, le trouble l'envahit
Il se retourne vers celle qu'il pense ne plus aimer, surpris. Il ne l'a jamais entendu aussi froide et lointaine. Il voudrait que ce soit déjà fini, car à cet instant, le trouble l'envahit. Il n'avait jamais pensé que leur histoire puisse se finir aussi mal. Il se sent coupable. Il tente un pas vers elle mais il ne peux réparer lui même ce qu'il a brisé. Pas maintenant. Et elle s'écarte de lui et sa tête chancelle dans une gracieuse signification ; elle refuse.
Elle tente encore de se persuader que rien n'est vrai mais lui s'approche encore. La jeune fille sursaute en rencontrant le mur glacé contre son dos, alors elle avance vers lui. Les yeux détournés, elle plaque sur son torse ses deux petites mains qu'il a si souvent serré dans les siennes, et elle le repousse en direction de la porte. Elle ne contrôle plus rien, les larmes commencent à dévaler ses joues à une vitesse impressionnante alors qu'elle lui hurle des mots à peine intelligibles :
-Vas t'en ! Sors d'ici ! Pars ! Allez, pars !
Sa voix flanche. Et le jeune homme, dépassé par tant de violence la laisse glisser au sol. Tomber à genoux. Il fait demi tour et ouvre brusquement la porte. Et ce sont deux mondes qui s'écroulent. Celui de la jeune fille. Et celui des certitudes du jeune homme. Il ne pourrait endurer ce qu'il lui fait endurer à cet instant.
Il sort, les larmes aux yeux. Il n'est sans doute pas pleinement conscient de la souffrance qu'il a provoqué. Il ne peux pas l'imaginer dans toute son ampleur. Il ne sent pas la liberté couler dans ses veines. Il ne sent pas non plus le vent caresser ses cheveux. Il sent juste la douleur le traverser. Sa culpabilité frémissante dans ses veines l'aveugle. L'aveugle au point qu'il ne voit pas l'exacerbation du métal l'emporter dans un sinistre crissement de frein. A tel point qu'il n'entend pas le hurlement déchirant de la belle Léa. Il ne la sent pas s'agiter au-dessus de lui, ses larmes ravageuses, ses hoquets terribles.
Sa silhouette cinabre gît sous les yeux brillants de Léa. Son ombre s'élève et la vie le quitte. Mais malgré la mort, sa noblesse éplorée s'agite toujours. Les étincelles dans les yeux de Léa ne l'empêcheront pas de monter, toujours plus haut car la nuit s'empare déjà de son esprit à jamais.